SUD-OUEST SAMEDI 7 OCTOBRE 2000
SCULPTURE/DANIELLE BIGATA AUX MINIMES
La force de l'humanité
Sculpteur statuaire, Danielle Bigata présente jusqu'au 3 décembre à la
citadelle
une rétrospective de ses oeuvres sculptées. Près de quatre-vingt-dix pièces
Danielle Bigata et son Mandarin (Photo M. L. G.)
MARIE-LAURE GOBIN
A
vivre avec la matière depuis autant d'années, à caresser et contraindre le marbre de
Carrare dont elle choisit le veinage, à fondre le bronze moulé sur les corps ou les
visages qu'elle a façonnés, le sculpteur a sans aucun doute puisé sa propre force dans
la résistance au matériau. Une force inouïe. Si l'esprit existe avant la matière,
alors le sien la domine. C'est le propre du talent.
Danielle Bigata, sculpteur statuaire, expose a compter d'aujourd'hui et jusqu'au début du
mois de décembre dans la chapelle du couvent des Minimes une étonnante
"rétrospective" de ses oeuvres sculptées.
Près de quatre-vingt-dix. Une première pour elle d'autant que sur le plan technique rien
n'est simple dès lors qu'il s'agit d'acheminer des pièces pesant parfois plus de six
cents kilos.
Il faut seulement, dit-elle avec un beau sourire, < six hommes costauds, trois camions
et une petite grue ". Rien que ça.
Quant aux bonnes
godasses, ce sont celles qu'elle enfile pour partir dans le monde entier à la recherche
non pas de modèles, mais de l'inspiration qui lui servira plus tard en atelier. Qu'elle
retrouvera parmi les centaines de portraits patiemment collectés au fil de ses voyages,
de ses rencontres privilégiées au sein même des villes et des villages où il lui
semble bon de faire halte. Un peu comme un pèlerin toujours en quête de l'autre en même
temps que de lui-même.
EN PARTAGE
Car
au delà de l'ethnologue qu'elle pourrait être, elle ne se place pas en simple
observatrice. Bigata partage. Elle partage la vie de ceux qu'elle côtoie, et de
préférence celle des peuplades, des ethnies en voie de disparition. En marche avec son
sac à dos, elle est libre comme l'air. < Sans vivre auprès d'eux, pendant des mois
parfois, comment les comprendre. Tous mes dessins, mes esquisses ne donnent pas forcément
matière à sculptures. Je cherche des traits, des personnalités sans rien leur
voler de leur âme ". Et il en va ainsi du Mali au Vietnam, du Burkina-Faso à la
Tunisie, du Zimbabwe au
Pérou, du Burundi au Venezuela, d'Ibiza au Niger..
De ses oeuvres se dégage une belle humanité, une force sereine, puissante et si
accessible. Compréhensible par tous. Aimer n est pas grave. Ne pas aimer si. Et Bigata
aime ceux qui l'entourent qui le ressentent bien d'ailleurs.
" Oui, j'aime les gens d'une manière générale.
Aimer les gens et avoir envie de dire des choses à travers eux, c'est un peu mon petit
caillou à moi à travers mes pierres. Tout cela sans mission ', sans message. Avec
l'espoir tout de même pour un peu moins d'intolérance. Car Comment trouver belle la
sculpture d' un visage d'ailleurs et mépriser l'homme différent qui vit sur le palier
d'en face ... ".
Peintre à ses débuts, la couleur est rapidement devenue
anecdotique à Bigata en comparaison de ce que lui apportait le travail en trois
dimensions. La forme, la matière, c'était tellement tout. Tout autre chose. Avant de
travailler le marbre, il lui a fallu pratiquement quinze ans d'apprentissage sur d'autres
matériaux.
"
La sculpture c'est une vraie présence. On la touche, on la caresse,
c'est un art tactile. Ça n'est
pas comme la peinture. Et quand je crée, je le sens autant à la main qu'à l'il
".
Se
laisser inviter dans cet espace revisité par l'esprit et la matière, c'est à coup sûr
partir en voyage avec le Mandarin, le Targui, la Maternité Yao, l'Amazone osmose, la
Vierge noire à l'enfant, une Africaine, des Mains Papillon, un Christ aux Douleurs, une,
Lyre musicale, un Petit malin, un Petit curieux, un Mexicain ou une Vénus agenouillée...
Rétrospective
"Rétrospective " est à voir à compter d'aujourd'hui samedi 7 octobre
(vernissage à 18 heures) jusqu'au dimanche 3 décembre dans la chapelle du couvent des
Minimes à la citadelle. Entrée libre et gratuite pour cette exposition organisée par
l'association Amatoris, la ville de Blaye, le département et la région. Ouverture
vendredi, samedi et dimanche, de 14 heures à 18 heures. Et en semaine sur rendez-vous au
05.57.42.26.01.
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