Vendredi
20 décembre 2002
Saint Théophile

PLACE MAUBEC. -- La fontaine sera ornée dès lundi d'une statue de marbre blanc, « Icare ». Icare qui, il y a deux ans, avait défrayé la chronique locale...

Icare a pardonné Langon
: Christine Caubet



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Printemps 2000. « Icare » n'était demeuré que très peu de jours devant le Centre culturel des Carmes
PHOTO Ch. VIGIER

Le saviez-vous ? La fontaine Maubec, mise en eau l'an dernier, n'était jusqu'à ce jour pas tout à fait terminée. L'idée ne date pas d'hier : la municipalité avait pour projet de faire trôner, au milieu des jets d'eau, une belle statue. Eh bien ce sera chose faite en début de semaine, vraisemblablement lundi, avec l'installation d'une sculpture... qui n'est pas inconnue des Langonnais : nous parlons d'Icare.
Les Langonnais en effet n'ont pas dû oublier la mésaventure survenue, au printemps 2000, à « Icare », une imposante statue de marbre blanc signée de l'artiste sculptrice de Saucats, Danielle Bigata.
Rappelons que Danielle Bigata est l'auteur des deux sculptures, « Ondin » et « la Source », de bronze celles-là, qui ornent le parvis du centre culturel. Au moment de l'inauguration du centre culturel, en mai 2000, l'artiste, pour marquer sa sympathie pour les Langonnais, avait laissé à la ville, en dépôt pour l'été, une troisième oeuvre, autrement imposante, puisqu'elle mesure 2,40 m de hauteur et pèse 3,2 tonnes : Icare. Une oeuvre importante pour elle, puisque c'était la première fois qu'elle s'était attaquée à une sculpture de cette dimension. Dans sa carrière d'artiste, c'était une étape, un défi personnel. Pour la réaliser, elle avait fait venir de Carrare un bloc de 5 tonnes de marbre blanc. Et elle avait travaillé pendant un an et demi...


« Pure bêtise ». Or, sitôt installée, la statue au blanc immaculé avait subi les outrages d'un « tagueur » irrévérencieux qui avait tracé sur le marbre, avec des marqueurs et du rouge à lèvres, des dessins à caractère sexuel. Cet acte de « pure bêtise » (mais d'aucuns se demandèrent s'il n'était pas aussi un acte de méchanceté) avait provoqué moult réactions dans le landerneau langonnais. Les élus et beaucoup de gens avaient témoigné de leur vive indignation. L'artiste, elle, avait été tout bonnement choquée et décidait illico de faire enlever Icare pour le ramener chez elle. Dans son courroux, elle avait aussi déclaré qu'elle porterait le prix de son oeuvre de 300 000 à 500 000 francs !
Sa colère et sa détermination étaient immenses... La surprise est donc réelle, aujourd'hui, de voir Icare refaire le chemin inverse de Saucats à Langon.


« Ma rogne a passé ». Deux ans après ces fâcheuses péripéties, Danielle Bigata dit : « ma rogne a passé ». Même si elle enrage toujours, et on la comprend, à l'idée que l'on puisse détériorer une oeuvre d'art quelle qu'elle soit. Mais in fine, elle a été tout heureuse d'accepter la demande de la ville de Langon qui l'a recontactée voici quelques semaines. Elle a même fait marche arrière sur le prix, le ramenant aux 300 000 francs d'origine. « J'ai finalement beaucoup de plaisir à la voir revenir à Langon, surtout au milieu de cette fontaine, qui est un très bel endroit pour la mettre en valeur », explique-t-elle. « Cette statue, dans le fond, les Langonnais l'ont gagnée », dit-elle, faisant référence au fait qu'elle a exposé plusieurs fois dans notre ville, et que les déboires de 2000 ne peuvent effacer cet accueil-là...
« Par dessus tout enfin, je suis très heureuse qu'Icare ne parte pas à l'étranger », dit-elle encore. Lundi, aux côtés des ouvriers chargés de l'installation d'Icare, Danielle Bigata sera là pour superviser la manoeuvre. La statue sera déposée au centre de la fontaine à l'aide d'une grue; elle sera ensuite scellée.