SAUCATS
Le pèlerin de Bigata
La célèbre artiste saucataise inaugure ce samedi à Gradignan, au prieuré de Cayac, une statue monumentale sur le thème du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle

L'installation de l'uvre monumentale sous la direction de l'artiste. (Photo José Farina)
JEAN-MARC FAUBERT
A Saucats, entre église et ruisseau,
la Métairie semble aujourd'hui un peu orpheline des sculptures de la maîtresse des
lieux, Danièle Bigata: « Gaïa, terre des hommes » est partie, comme la plupart des
oeuvres qu'elle expose ces jours-ci en Allemagne. Quant au pèlerin de Compostelle que lui
avait commandé à la Noël 95, René Canivenc, le maire de Gradignan, il trône déjà
devant le prieuré de Cayac, où il sera officiellement inauguré ce samedi soit
« J'aime votre style », avait dit le maire à Bigata. « Si vous pouviez me faire un
pèlerin qui ne serait ni debout ni rigide et symboliserait l'ancienne halte des
Chrétiens en route vers Saint-Jacques ici à Cayac, j'avoue que je serais intéressé..
»
RENCONTRES A SANTIAGO
Pari tenu. Après un an et demi d'un
travail intense, Bigata - qui s'est réellement passionnée pour le projet - vient donc de
livrer son pèlerin.
« Sur maquette, je l'ai imaginé assis, se reposant, retour de Santiago. J'ai été
là-bas étudier l'habit des pèlerins du XII, siècle. Je voulais créer un personnage
issu du moyen âge mais aussi de notre époque, bref sans âge. Sur la plage j'ai trouvé
une coquille Saint-Jacques: je l'ai moulée dans la sculpture... J'ai rencontré beaucoup
de pèlerins. Tout ce que j'ai engrangé au cours de nos discussions - des dialogues
extraordinaires avec des gens de 55 à 75 ans pour la plupart est entré dans mon
personnage. Ce dernier a donc un visage à la fois fatigué et serein. Jespère lui
avoir donné une âme, même si les
passants d'aujourd'hui ont un parcours plus personnel que mystique. Ils font le
point sur leur vie, tentent d'évacuer un deuil cruel, réalisent un vu... »
TOUCHER- PROFITER DU PÈLERIN
Si le pèlerin de Bigata est assis sur un banc un peu long, c'est un choix volontaire de la part de l'artiste. Elle imagine bien les gens, les enfants en particulier, s'asseoir tout près de la sculpture: « Le pèlerin est vivant, on peut le toucher, l'appréhender Il faut que les gens sentent qu'il leur appartient. C'est en quelque sorte un aboutissement, tout le monde doit profiter de ce personnage.» La statue a coûté 300 000 francs. Un prix « très resserré » voulu par Danièle Bigata. Il faut dire que l'uvre de bronze a nécessité dans la fonderie basque espagnole d'Eibar six mois de travail de la part de treize ouvriers. Trente-cinq morceaux à reconstituer tel un puzzle géant par soudures interposées , « sans que rien ne se voit ».
Bigata, très connue et reconnue en Allemagne et en Espagne où nombre de ses uvres sont publiquement exposées, connaît enfin l'hommage de sa région. Ce qui la touche profondément. Reste son village de Saucats, où une placette avait été spécialement conçue, il y a trois ans, pour accueillir une de ses sculptures. Yvette Garcia, maire actuel de la commune, n'aurait semble-t-il rien contre. Il est vrai qu'il parait infiniment naturel que cette artiste de notoriété internationale marque de sa griffe le petit bourg où elle aime vivre et créer.
SUD OUEST SAMEDI 5 JUIN 1997