LANGON : on remballe la statue
Victime des tags, la sculpture prêtée par Danielle Bigata à la ville retourne chez l'artiste, à Saucats (page G)
SUD-OUEST : Samedi 13 Mai 2000
DELINQUANCE
Icare plie devant les
taggueurs
Le marbre virginal supporte mal d'être maculé. Moins d'une semaine
après avoir été taguée, la sculpture prêtée par Danielle Bigata à la ville
quitte le socle où elle devait rester tout l'été

La culture entravée. L'image est facile, elle prend pourtant
ici un relief certain (Photo Ch.V)
| Dans
un recoin de Langon ou du SudGironde, un petit comique doit bien s'amuser. Tout seul, avec
ses bombinettes de peinture et son sens très particulier (le l'humour carabin, il a fait
reculer une' artiste et des élus. Une semai le exactement après son installation sur le
parvis des Carmes, Icare, la statue prêtée pour l'été par Danielle Bigata, a été
enlevée de son socle pour revenir chez l'artiste, à Saucats. " UNE VOLONTÉ DE NUIRE " |
| Le
sculpteur est visiblement touché. " J'ai prêté cette oeuvre à Langon et aux
langonnais pour qu'ils la touchent, l'appréhendent. Pour la bétise d'une seule personne,
je dois renoncer. Je tiens viscéralement à Icare, je ne veux pas prendre le risque
d'aller plus loin. Je ne veux pas que deux ans de travail et tout ce qu'un artiste peut
mettre dans une oeuvre soit réduit à néant." Icare est une des dernères oeuvres de Danielle Bigata qui ne travaille plus ce noble matériau. La peur de le perdre n'en prend que plus de relief. Un temps il fut envisagé de protéger la sculpture derrièredes parois de verre ou des grilles. "Mais l'oeuvre n'aurait plus rempli sa fonction, reprend philippe Plagnol. J'admets largement que la culture fasse débat, que l'on discute d'un choix ou d'un autre. Mais qu'il y ait volonté de nuire, c'est pénible." le premier adjoint le concède : "On plie devant l'imbecillité crasse mais je ne baisserai pas les bras." Chaque fois que l'on réalisera quelquechose à Langon, on continuera à apporter un petit surplus d'âme. " Toujours est-il qu' Icare n'est plus Langonnais. Et ne le sera certainement plus jamais. Danielle Bigata vient de porter son prix à 500 000 francs (contre 300 000 jusque là) et elle refuse catégoriquement la proposition faite, dans nos colonnes, par le maire Charles Vérité: " Un bronze d'Icare ? c'est non! Une oeuvre unique ne se reproduit pas. " (1) la statue de marbre a été taguée la nuit même de l'inauguration du centre culturel, la semaine dernière. |