Souvenez-vous
de ceci, écrivait Rodin en 1911, dans un testament spirituel : " Il n'y a pas de
traits, il n'y a que des volumes. quand vous dessinez, ne vous préoccupez jamais du
contour mais du relief. C'est le relief qui régit le contour..."
Danielle
Bigata, d'abord peintre, puis restauratrice de tableaux avant d'être sculpteur, a fait
sienne la profession de foi du génial Auguste Rodin. Son inclination première fut pour
la peinture. A l'âge des boums lycéennes, elle eut sa première exposition. Puis, vint
le temps de l'insurrection contre l'autorité parentale qui lui interdisait l'entrée aux
Beaux-Arts, Danielle partit pour l'Italie, vivre dans le rêve de beauté que les artistes
de Florence, Rome et Venise, ont renouvelé, 2OOO ans après les sculpteurs grecs de
l'antiquité.
Admise
d'emblée à l'Institut Central de restauration de Tableaux de Rome, Danielle Bigata fut
initiée aux techniques complexes qu'exige la résurrection d'une toile de maître
profanée par les ans. Sans doute, la froide maîtrise de la technique stérilise,
parfois, la spontanéité de l'instinct créatif. La jeune artiste se détacha de son
univers pictural pour affronter la réalité de la matière. Le bois, d'abord, puis le
calcaire et la terre, que Danielle Bigata soumet tour à tour à sa vision des êtres
qu'elle a rencontrés dans ses lointains voyages, au Népal, en Inde, au Mexique, au
Pérou, au Maghreb ou chez les Pygmèes...
Mais le
cheminement " métamorphique " de Danielle la conduit vers le marbre, épreuve
suprême qui requiert une main sûre pour l'attaque directe du bloc : une main de velours
pour le cisèlement des contours moelleux.
Dans son
atelier de la Haute-lande girondine, Danielle bigata, seule, fait l'apprentissage de la
dure matière, presque impénétrable. A chaque coup de burin, les grains du marbre
peuvent exploser en mille petits cristaux enchevêtrés. Danielle persiste et la maîtrise
vient. Phidias, Praxitèle, ont-ils procédés autrement ?
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