Textes et Poèmes inspirés par mes oeuvres,

j'en profite pour en remercier ici les talentueux Auteurs ( d.b.)
note : ce sont des cadeaux qui m'ont été faits... merci de respecter les droits de reproduction...

 

wpe2.jpg (5164 octets)Icare reprend son vol…..

Tu l’as aimé avant même de lui donner la vie
Dans le bloc, dans la masse, dans le marbre brut
Tu l’as imaginé, rêvé, organisé, et puis tu l’as sculpté,
Dans la poussière, la fatigue, l’ivresse et l’angoisse,
Tu l’as extrait de sa gangue, des limbes, de la légende
Des mois de travail et un jour il était là,
Tu l’as contemplé, tu le connaissais depuis toujours
Ce héros formidable,
Cet homme brisé, qui gît, misérable.
Tu avais jeté ta force, ton énergie, ta volonté
Il était né, et il est resté là.
Monstre de beauté, géant impressionnant
Cet enfant ne t’a pas quitté.
Chaque jour offert à tes yeux,
Compagnon des joies et des chagrins,
Témoin des années qui passent.
Et puis, un jour, Icare a repris son vol.
Sans doute, l’absence sera cruelle,
Sûrement le vide dans le jardin sera grand
Il en est toujours ainsi,
Quand un enfant quitte le nid.
Au bout de son voyage,
Icare accomplit enfin sa destinée
Offrir à beaucoup le mystère de sa rencontre,
Le plaisir de sa découverte,
L’émotion de sa poésie et de son épopée.
Cadeau magnifique à chacun par toi offert
Partage d’amour, autour d’un symbole
Celui de l’humanité dans sa splendeur et sa misère.

Josiane BOUILLET     - Décembre 2002 -


ICARE : les racines du ciel

 
Un bloc de marbre de Carrare, tellement insolite qu'il en devient irréel, dans ce pays de sables et de pins, dresse contre le mur en pierres rustique de la
Métairie de Saucats, la pointe aiguë d'un triangle.

Sa surface rugueuse scintille et raconte au passage l'histoire de la roche, métamorphisée depuis des millénaires par la chaleur et la pression. Pierre d'éternité au même titre que le granit ou le basalthe, le marbre porte en lui le souvenir des temps passés en même temps qu'il évoque par la densité de sa matière, la matérialité qui le lie à la terre.

Paradoxe donc que ce matériau, et ce n'est pas par hasard que Danielle Bigata y a transcrit une histoire qui habite depuis toujours la mémoire des hommes, celle de la conquête du ciel.
Le regard du Sculpteur posé sur la pierre brute a ce pouvoir de re-création qui découvre et qui révèle.
Et le marbre devient tension, aérodynamisme, envol de l'aile dressée comme un delta. Alors l'homme apparaît, mêlé à l'aile qui le domine, rompu à peine, encore enchaîné dans la matérialité du marbre.
Le mythe d'Icare, librement transposé par Danielle Bigata, dépasse ici sa dimension légendaire. Son héros résume à lui seul toutes les aventures, tous les dépassements et à ce titre il est aussi un homme d'aujourd'hui. De luit, de son expérience féconde, est issue une longue lignèe des aventuriers du ciel et a ce titre il est un prototype.
Ainsi Danielle Bigata après un combat de 13 mois contre le marbre a achevé son aventure, malgré vents et marées. Son Icare est le fruit d'une maturation de son métier de Sculpteur, d'une synthèse lentement élaborée au travers d'autres oeuvres.
Sa création nous touche et nous émeut : le pari est gagné !


Michelle Gaborit, Maître de conférences, Université Michel Montaigne, Bordeaux 3
- Mai 1992 -


 

Madame,

A ce magnifique pèlerin, vous lui avez donné un CORPS, vous lui avez donné une AME, vous lui avez donné la VIE. Il est criant de vérité et il ne lui manque que la parole. Aussi, permettez que par ma voix je la lui donne, il a tant de choses à nous dire :

" Je suis le pèlerin de Compostelle, je reviens de Santiago et je voudrais vivre une éternité pour raconter.
Pour raconter tout ce que je porte en moi et que ce chemin m'a donné, tout ce que ce chemin m'a appris.
Je reviens de Saint-Jacques de Compostelle, fatigué, harassé, fourbu, mais tellement heureux.
Et je voudrai vivre une éternité pour dire ce bonheur à la terre entière.
Je reviens de Santiago et j'ai découvert tous les chemins de la vie. J'ai découvert :

- le chemin du bonheur - le chemin de la joie - le chemin du dépassement - le chemin de l'espoir - le chemin de l'amitié - le chemin de la solidarité - le chemin de l'échange - le chemin du partage - le chemin de la rencontre - le chemin de la fraternité - le chemin de l'humilité - le chemin de la prière - le chemin du doute - le chemin de la découverte - le chemin de la soif et de la faim - le chemin de la lumière et de l'ombre.
J'ai découvert tout simplement le chemin de la vie.
Et c'est alors que, assis sur un banc, méditant sur ces découvertes et sur la grandeur de l'homme, c'est alors, Madame, que vous m'avez donné l'ETERNITE.
Mais je ne serai pas seulement statue, je serais également conteur.
Conteur d'une merveilleuse histoire humaine qui a commencé il y a deux milles ans et qui sans fin se poursuivra jusqu'à la fin des temps "

  Paul TOMASINI
Président Association régionale des amis de Saint-Jacques de Compostelle

 


Pèlerin de quel prieuré ?

Gradignan, l'an 2000
le 2ème jour d'octobre

De retour de Saint-Jacques de Compostelle,
bien sûr fatigué mais toujours digne,
revenu de loin, revenu d'antan,
le pèlerin a fait halte au prieuré de Cayac.

Mais sans doute a-t-il été plus loin que la verte Galice,
bien au-delà des Pyrénées
qu'on dit être la frontière des évidences ,
car ses yeux sont de ceux qui voient les horizons.

A n'en point douter,
ce jacquot est devenu aristocrate.
Il a connu de la Castille le sentiment tragique .
A n'en point douter,
dans le vent de folie qui souffle sur les espaces sans fin de la Mancha,
son bâton de pèlerin s'est transformé en lance Don Quichotte.
A n'en point douter,
il a vu le lin des ailes des moulins à lier le vent
tourner sans bruit, tourner sans cesse,
comme ailes d'anges
qui glorifient Dieu et appellent les hommes,
là où la terre rejoint le ciel.

C'est sans doute pourquoi, notre pèlerin est à la fois ici et là-bas,
en halte à Gradignan, mais en retard d'Espagne.
Ses veines, toutes gonflées de marche et d'errance,
ont suspendu leur battement.
Sa peau de bronze, de figue sèche, de rude paysan,
semble hiverner dans l'attente de quel printemps.

Retenu le vent qui lève les bords de son chapeau de feutre,
estompés les pas qui balancent la gourde végétale,
renversé le sablier par la main du sculpteur .

Coquille de Saint-Jacques es-tu pour toujours à Gradignan ?

Jean-Claude BARBIER

 



Le pèlerin de Compostelle :

me voici de retour au seuil du prieuré.
Ayant franchi les monts, de l'Espagne à la France,
et repris ces chemins d'espoir et de souffrance,
Berçant mes souvenirs, doucement j'ai pleuré ...

Pas de milliers de pins à l'ombre lumineuse,
Ni de route portant comme un fleuve à la mer ! ...
L'eau morte, les roseaux, l'immense espace amer
Où la bise flagelle une ronce épineuse.

La brume s'effiloche au ras des marais flous.
Un pâtre, haut perché, veille en sa houppelande.
Une chaumine fume aux confins de la lande.
Puis gémit dans la nuit le long sanglot des loups.

Après les pics neigeux, les mesetas torrides.
Tous ces pas, ses " Ave ", scandés par le bourdon ! ...
Mais, fier du voeu rempli, rayonnant du pardon,
j'offre à la paix du soir mon sourire et mes rides.


Le porche se délite. On a muré le choeur.
Nul rayon d'un vitrail, nul élan d'une voûte ...
Qu'un rêve ici pourtant t'illumine et t'envoûte ! ...
La coquille de bronze étoile ainsi mon coeur.

René Ollivier


Sculptures :

Un bloc veiné de quartz luit dans le paysage :
deux corps de marbre noir, surgissant du néant,
Conjuguent leurs efforts, dans un sursaut géant,
arrachant du magma leur douloureux visage ...

Deux enfants, frère et soeur ... Une fée auprès d'eux :
" mes petits, contemplez la souffrance et la vie !
Puis, entrez en ces lieux où je serais ravie
d'exaucer vos souhaits ... Vous aimant tous les deux ! "

Indecis un moment, puis se tournant vers celle
Dont le regard paraît si bon, si chaleureux :
" Madame, nous voulons être à jamais heureux ! " ...
De la baguette d'or a jailli l'étincelle.

Depuis lors, ils sont là, rayonnants, délicats,
Sculptés au coeur du bronze en cette aimable pose ...
L'enchanteresse est loin ... Quant à moi, je suppose
Son magique palais aux Landes de Saucats.


René Ollivier





 


La terre des hommes :

De 9 heures du matin à 6 heures du soir, en comptant quelques pauses, bercée par la brise du vent, Danielle Bigata entre dans le marbre. Comme le débit de l'eau, les débris de la pierre dure échouent à ses pieds. La matière grise prend forme : la cuisse d'un homme et la moitié de son dos sont imbriquées dans la masse. Les premières traces de vie se dessinent et s'offrent aux regards. D'emblée, les muscles imposent leur puissance. L'homme et la terre ne font qu'un.

Le soleil joue à cache-cache.

Et, pendant ce temps, le burin s'enfonce inexorablement, au rythme d'une mélodie, à chaque pression de la masse. Les poignets de la magicienne encaissent toutes les vibrations. L'outil, guidé par ses mains longilignes se fraie un passage dans le bloc.

Deux forces s'affrontent.

Au fil des jours, chacune d'entre elles devient animée d'un parfum de liberté, richesse gagnée à la sueur d'un labeur que nul ne saurait imaginer. Passent les heures, jaillissent les reliefs, que déjà s'installe le songe d'une prochaine découverte. La peau du Sculpteur, fardée d'une poussière couleur charbon, ajoute à la beauté du spectacle.


Valérie Gratiannette


Art

Tout cet art que l’on étale

Cette aptitude, cette faculté

Faut-il y voir un stratagème

Ou les rudiments d’un don, d’un gène ?

Qui saura si la mode, si toutes ces techniques

Proviennent du même moule, du même code

De l’aisance dans le pas, de ce coup d’œil rythmique

Guidant seul le modèle, tel l’écrivain et son ode.

Qui saura si l’artiste de cet art pictural

Nouera avec son âme des traces ancestrales

Ou si sa liberté naît de l’intégrité

De sa folie aussi, en toute intimité.

Qui saura si le sculpteur et ses pièces de marbre

Pourra toujours déplacer des montagnes

Son identité, face à ses tactiques

Le limite à jamais dans son éthique.

Où est la privation face à l’indépendance

La liberté du temps, la liberté de vivre

Cette résolution, dans chaque décision

Mais quelle fantaisie dans toutes ses missions.

Car l’artiste s’engage, surtout dans ses écrits

L’inaction le consterne, il lui faut faire vite

De répit, n’en a cure, car tout se précipite

Les injustices surtout…le silence le plus strict !              copyright C.Géricot

Carine Géricot 1999